Concevoir par expériences. Manipuler jusqu’à parvenir à un résultat. Pierre Pouillet parle de bricolage pour évoquer son travail. Il bricole ce qu’il trouve dans son périmètre d’actions, appelé plus communément atelier, bien qu’il ne le délimite pas à un unique espace. Pierre travaille par inertie avec des espaces pluriels qui deviennent dès lors des véritables laboratoires. Dans une ère ou l’atelier se rapproche de l’usine, officina d’un nouveau genre, Pierre tend à revenir aux fondamentaux même de la sculpture en s’adaptant plutôt qu’en définissant clairement ses besoins.
Le terme de bricolage est dans la compréhension commune comme un étendard du débrouillard et de la bidouille. Pierre Pouillet ne bricole pas mais emploie les mêmes stratégies de réalisation qu’un bricoleur. Par un processus de façonnage, il transforme les matières premières pour parvenir à un assemblage idéal.
Employer des matériaux, dans un espace donné entraîne inévitablement un résultat qui se dessinera par le biais des contraintes. Les expériences se font à l’instinct, la pauvreté des moyens employés entraînent alors la richesse des possibilités, comme le souligne l’essai de Walter Benjamin Expérience et pauvreté où la pauvreté technique d’un homme l’entraîne à se débrouiller seul pour construire avec presque rien. Tel est le sens même du bricolage : se débrouiller avec ce que l’on dispose. Pierre conçoit son travail de la même façon, cependant il préfère le processus au productif. Le processus détermine et contraint chaque projet qui se dessine et se conçoit par des phases de recherches, pour parvenir à un résultat sans aboutissant défini. Ce qui le rend ouvert à la potentialité et au croisement. Pierre Pouillet emploie les codes du bricolage pour tendre vers une esthétique qui est tout autre. Le principe de sérendipité n’est également pas exclu, induisant au travail manuel celui de l’inventeur, de l’ingénieur.
La force génératrice du travail de Pierre Pouillet résulte dans sa manière d’appréhender manuellement les choses, ses matières premières et ses outils. Le rapport au corps qu’il entretient dans son travail est indéniable et n’est le résultat que d’une concordance entre l’homme et les techniques, ses idées et les moyens de les mettre en œuvre. La manipulation passe par ses mains mais aussi par ses outils comme une manière de prolonger le corps, de le rendre multifonctionnel. Les outils qui composent l’atelier ne sont rien d’autres que des objets façonnés pour un usage, unique ou pluriel et pour un corps qu’ils complètent. L’objet est ergonomique formellement et conceptuellement et devient le nerf de la création autant qu’il est un témoin anthropologique. Artefact d’un besoin, d’une nécessité ou d’une idée, l’objet devient l’instrument d’une pensée. Entité métissée, il se retrouve décortiqué, utilisé pour ce qu’il est ou pour ce qu’il donne à voir et devient le sujet et la périphérie du travail de Pierre. Les objets-outils font œuvres autant que le résultat donné à voir. Dans sa définition la plus élémentaire, bricoler est un verbe transitif, dont l’action s’effectue par et grâce à un objet. Le parallèle devient évident.

Emilie Le Guellaut .